Le 10 mars à l’aube, environ 1 600 mineurs descendent dans les fosses situées aux abords de Billy-Montigny. La petite ville s’éveille, chacun vaque à ses occupations. Soudain, à 6h30, les quartiers corons sont secoués par une énorme déflagration. Chacun ouvre alors ses fenêtres. On sort dans la rue. Que s’est-il passé ?
Au même moment, on perçoit de la fumée noire sortant de la fosse 3. Une explosion de poussière vient de dévaster 110 kilomètres de galerie, tuant sur le coup des centaines d’hommes et en piégeant d’autres au fond des mines.
Les secours s’organisent aussitôt. On remonte des corps. On réussit à sauver des vies. Le gaz se répand déjà dans les galeries et gêne la progression des sauveteurs.
Les journalistes arrivent aussi à Billy-Montigny. Les premiers jours sont à la compassion et au deuil. Néanmoins, très vite, des doutes apparaissent sur les agissements de la Compagnie des Mines de Courrières. Celle-ci aurait négligé un incendie qui couvait dans les galeries et qui aurait peut-être provoqué la catastrophe. En outre, dès le 15 mars, on soupçonne la compagnie d’avoir condamné certaines fosses afin de sauver les installations ce qui entraîne le sacrifice des mineurs piégés.
Dès lors, deux versions vont s’affronter dans les journaux locaux. Certains assurent que les fosses de Billy-Montigny n’étaient pas dangereuses et que la catastrophe est due au hasard. Ces mêmes journaux développent par ailleurs un contre-discours qui fait de la vie du mineur un monde presque idéal. Dans le même temps, d’autres journaux accusent nommément la compagnie et dépeignent la vie dans les corons sous le jour le plus sombre.
Ainsi, dès le jour de la catastrophe, deux mémoires antagonistes se sont construites autour de cet évènement tragique, la deuxième plus grande catastrophe minière de l’histoire mondiale.