Les 9 et 10 novembre 1799, le régime du Directoire est renversé par un coup d’État militaire. Il ne devait pourtant s’agir au départ que d’un changement de constitution. Comment en est-on arrivé là ?
Les nombreux soubresauts de la Révolution ont accouché après bien des péripéties d’une constitution qui a créé en 1795 le régime du Directoire. Celui-ci est régi par 3 entités différents :
- Les directeurs, au nombre de 5, représentant le pouvoir exécutif.
- Le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents, ces deux assemblées détenant le pouvoir législatif.
Toutefois, cette constitution est mal faite et le Directoire ne fonctionne pas. Les différents pouvoirs notamment sont trop séparés, ce qui grippe toute la machine. Il apparaît donc nécessaire de changer la constitution. Malheureusement, le processus légal de modification de cette constitution est trop complexe et on estime qu’il prendrait au moins 10 ans. Plusieurs personnalités, comme l’abbé Sieyès, Roederer ou Talleyrand, décident donc de forcer les chambres à accepter de voter en dehors du processus normal ce changement de constitution.
Ainsi, il ne s’agit pas de prendre le pouvoir, mais de respecter certaines formes de légalité pour aboutir à la création d’un régime républicain qui fonctionne correctement.
Le complot prend forme peu à peu et rassemble bon nombre de personnalités, dont 2 directeurs et une grande partie des membres du Conseil des Anciens. Il risque d’être en revanche plus difficile de convaincre le Conseil des Cinq-Cents. En conséquence, les conjurés estiment nécessaire de faire pression sur les députés, et pour y parvenir, Sieyès compte sur le concours de l’armée.
Il contacte d’abord le général Moreau, qui décline, puis le général Bonaparte qui accepte. Celui-ci a déjà commandé l’armée de l’intérieur et son frère Lucien est membre du Conseil des Cinq-Cents. Il coche donc toutes les cases. On s’arrangera d’ailleurs pour faire de Lucien Bonaparte le président de l’assemblée.
Pour éviter une réaction du peuple parisien et pour tenir les députés dans un endroit facile à surveiller, il est convenu que les conseils doivent le déplacer à Saint-Cloud.
Tout commence la nuit précédent le 18 Brumaire. Des estafettes apportent alors aux membres du Conseil des Anciens des convocations pour une séance extraordinaire fixée le lendemain matin. Quand cette séance s’ouvre, on apprend aux députés qu’il existe un complot jacobin et qu’il faut que les conseils se réunissent à Saint-Cloud pour leur sécurité. Le Conseil des Anciens vote le transfert et, en même temps, confie à Bonaparte le commandement des troupes. Bonaparte arrive au Conseil pour prendre son commandement.
Le Conseil des Cinq-Cents se réunit un peu plus tard. Ses membres marquent leur désaccord avec le transfert, mais celui-ci étant décidé, il faut s’y conformer. Il est prévu le lendemain matin.
Le dimanche 19 Brumaire au matin, les députés partent donc pour le château de Saint-Cloud. Le Conseil des Cinq-Cents se rassemble à l’Orangerie, tandis que le Conseil des Anciens choisit une salle plus petite dans la Galerie d’Apollon.
Bonaparte arrive plus tard, vers 12h30. Les conciliabules ont sans doute déjà commencé, mais Lucien attendait l’arrivée de son frère pour ouvrir la séance du Conseil des Cinq-Cents, ce qu’il fait donc à 12h30. Sauf qu’à ce moment-là, les membres jacobins demandent une nouvelle prestation de serment à la constitution, ce qu’il faut bien accepter !
Le Conseil des Anciens commencent quant à lui ses palabres à 14h. Des questions fusent sur les évènements de la veille et du matin. Dans toutes ces discussions, l’Abbé Sieyès est à l’aise. Il est un personnage important de la Révolution depuis ses débuts et il connaît les assemblées. Il sait parler aux députés et il s’attendait à devoir convaincre.
Pour Bonaparte c’est autre chose. Bonaparte est alors un militaire jusqu’au bout des ongles et pour lui, il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Il ne comprend rien à toutes ces palabres, il s’agace et il s’impatiente. Alors il décide d’aller haranguer les conseils.
Il se rend d’abord au Conseil des Anciens et il prononce un discours plus ou moins bien reçu. L’essentiel des membres du conseil est acquis au coup d’État, donc les choses se passent à peu près bien.
Ensuite, Bonaparte va parler au Conseil des Cinq-Cents où il est accueilli par des insultes et où il se fait plus ou moins agressé. Il ressort complètement chamboulé, tandis qu’au sein du conseil c’est le tumulte. On parle de mettre Bonaparte hors-la-loi. Lucien démissionne de la présidence, ce qui force les députés à élire un nouveau président avant de prendre une décision.
Pendant ce temps, Lucien sort sur le parvis du château et annonce aux soldats qu’on a essayé de tuer leur général. Bonaparte ordonne à Murat de faire sortir les députés. Murat déboule dans la salle avec des grenadiers et lance un cocasse : « Citoyens, vous êtes dissous ». Puis de façon plus prosaïque : « Foutez-moi tout ce monde-là dehors ».
Dans la soirée, Sieyès et Bonaparte envoient chercher des députés pour les réunir et leur faire voter le changement de constitution. Cette journée a entraîné l’instauration du Consulat, avec Bonaparte Premier Consul, puis le Consulat à vie et, enfin, l’Empire. D’une simple modification forcée de la constitution, on est ainsi passé à un coup d’État dominé par l’armée !